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Le protestantisme messin

Table de communion au Temple Neuf

Les deux vagues du protestantisme messin

Lorsque l’on examine l’évolution de la communauté protestante à Metz, on constate deux phases en forme d’une vague d’abord ascendante suivie chacune d’un reflux, la première huguenote, la seconde fortement amplifiée par l’annexion allemande, et ces vagues sont séparées par un creux d’un siècle entre 1685 (date de la révocation de l’édit de Nantes, édit qui en 1598 avait autorisé en France le culte protestant) et 1787 (où à le veille de la Révolution est promulgué un édit de tolérance).

La vague huguenote, une cohabitation religieuse mouvementée

Guillaume Farel préchant devant Metz lors d’un court séjour en 1542-1543

On relève la présence d’adeptes de Luther à Metz dès les années 1520 ; deux d’entre eux seront même brûlés vifs dès 1525. Mais il faut attendre 1542 pour que leur nombre s’accroisse sensiblement avec la prédication dans notre ville du réformateur Guillaume Farel (1489-1565), un proche de Calvin.

 

 

 

Le temple de Chambière (construit entre 1597 et 1617, confisqué en 1663), gravure des Musées de Metz

Vingt ans plus tard, ils seront 10 000, soit la moitié de la population de la ville. Bien qu’en France débutent alors les guerres de religion, la ville libre de Metz, qui vient de passer en 1552 sous la protection du roi (sans être encore incorporé au royaume), ne connait pas de troubles ;  mais il faut attendre 1598 et la promulgation de l’édit de Nantes pour que des lieux de culte soient officiellement reconnus.

Le pasteur Paul Ferry, Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, Paris

Débute alors un âge d’or avec une communauté prospère, desservie par quatre pasteurs dont le célèbre Paul Ferry (1591-1669), largement connu dans le royaume et au-delà. Mais dès le milieu du XVIIe siècle le pouvoir royal prend des mesures vexatoires à l’encontre des protestants, bientôt commencent des persécutions et en 1685 l’édit de Nantes est révoqué : certains se convertissent sous la pression mais la majorité brave les interdits et suit le pasteur David Ancillon en exil à Berlin, dont elle contribuera à assurer l’essor. De cette période il ne reste plus guère de  trace, tous les lieux de culte ayant été alors détruits.

 

 

 

 

 

 

 

Sous le régime du Concordat, la liberté retrouvée

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que réapparaît officiellement, avec le régime du Concordat, une communauté structurée à Metz mais sa croissance est lente, de l’ordre du millier de fidèles sous le Second empire. L’annexion de l’Alsace-Lorraine en 1871 change la donne du fait de l’immigration massive d’Allemands protestants : cinq temples sont construits à Metz, dont le temple de garnison et

le Temple-Neuf, mais aussi des lieux d’œuvres tels l’hôpital des diaconesses (aujourd’hui Belle-Isle), la maison des associations de la rue Mozart dotée d’une salle de spectacle (Foyer Mozart et épicerie solidaire actuels),

une école ménagère (devenue maison de retraite de la Vacquinière) et la Fondation Saint-Jean pour l’enfance en difficulté. Cet héritage est resté au retour à la France en 1919 au départ des Allemands immigrés soit les trois quarts de la communauté protestante d’alors.  Metz retrouve ainsi aujourd’hui une population protestante comparable à celle du reste de la France, de l’ordre de 3%.

 

Le Temple-Neuf, un monument emblématique

Le Jardin d’amour avant 1900 (Phot Prillot)

Le Temple-Neuf a été construit entre 1900 et 1904 à la pointe de l’ile de la Comédie, sur le site d’un  jardin public. Il répond alors aux besoins d’une communauté protestante en pleine expansion du fait d’une immigration importante venue d’Outre-Rhin avec de l’annexion allemande de 1871. L’architecte de la ville, Conrad Wahn, à la demande expresse de l’empereur Guillaume II, s’inspire dans ses plans d’éléments provenant de diverses églises de la vallée moyenne du Rhin.

Par l’austérité grise du grès de sa façade, par son style néo roman rhénan manifestement germanique, il fait contraste avec le classicisme français et le calcaire jaune du reste de la place. Mais vu du Moyen-Pont le polymorphisme des tours couronnées d’ardoise, qui encadrent et dominent le chevet pour émerger de l’écrin de verdure et s’élancer vers le ciel, produit une image particulièrement pittoresque et de fait très photographiée.

De l’extérieur l’identité confessionnelle n’apparait que sur le tympan du portail d’entrée marqué par un agneau mystique, symbole du Vendredi Saint, une fête liturgique majeure en protestantisme.  L’intérieur est d’une grande sobriété, conformément à la tradition réformée, du moins au premier regard, car la préoccupation esthétique est loin d’être absente dans les sculptures. Le temple sera inauguré en grande pompe par le couple impérial le 14 mai 1904.

 

 

 

Le protestantisme, pluriel par son histoire

Temple Neuf de Metz

Le protestantisme, pluriel par son histoire

Portrait de Martin Luther, 1543, par Lucas Cranach l’Ancien, Wartburg, Eisenach

La Réforme luthérienne, dans les Pays allemands

Le protestantisme naît au début du XVIe siècle de la protestation d’un moine, Martin Luther (1483-1546), contre le commerce des indulgences, censées donner aux pécheurs l’assurance du salut de leur âme moyennant de l’argent ; en publiant des thèses notamment sur ce sujet en 1517, en tant que professeur des Saintes Écritures à l’Université de Wittenberg (Saxe), il souhaite que s’ouvre un débat théologique académique et il est alors loin de vouloir se séparer de l’Église catholique romaine.

Mais le pape Léon X, craignant de voir son autorité contestée et soucieux d’assurer par les ventes d’indulgences le financement de la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, reste sourd à toute réforme de l’Église ; en excommuniant Luther en 1521, il le contraint à établir les fondements d’une Église séparée qui va rapidement gagner les pays germaniques et le nord de l’Europe.

Mais cette demande de réforme fait tache d’huile et s’étend dans des territoires d’autres cultures sous des aspects différents.

 

 

Portrait de Ulrich Zwingli, Coll. Partic.

Portrait de Jean Calvin, Musée de la Réformation, Genève

La Réforme calviniste, en Suisse et en France

Le prêtre Ulrich Zwingli (1484-1531) à Zurich, puis, à la génération suivante, à Genève, Jean Calvin (1509-1564), originaire de Noyon en Picardie, et juriste d’abord de formation, se séparent à leur tour du catholicisme en marquant les Églises qu’ils fondent de leur propre sensibilité.

D‘autres réformateurs vont suivre le mouvement à Bâle, Berne, Strasbourg, Neuchâtel, Montbéliard… pour finir par former en Europe continentale deux courants distincts, le luthéranisme et le calvinisme (dit aussi réformé).

 

 

 

La Réforme anglicane

En Angleterre, c’est le refus du pape d’annuler le mariage du roi Henri VIII qui provoque la rupture avec Rome, mais d’abord sans rompre avec le dogme catholique, ce qui n’interviendra que plus tard, après la mort du roi, avec l’arrivée d’un réformateur originaire de Strasbourg, Martin Bucer (1491-1551). La particularité de l’anglicanisme est de conjuguer un rite catholique et une théologie protestante. En Ecosse John Knox fonde l’Eglise presbytérienne, proche du calvinisme.

D’autres courants naissent de pratiques particulières, ainsi les anabaptistes du refus de baptiser les jeunes enfants, les mouvements évangéliques d’un attachement à une lecture littérale de la Bible…

 

31 octobre 1517, le tournant de la Réformation

Pourquoi ce jour fait-il date ?

Luther affichant ses thèses, par Ferdinand Pauwels, 1872, Wartburg, Eisenach

Tout protestant vous dira que ce jour-là Luther a affiché sur la porte de l’église du château de Wittenberg 95 thèses contre les indulgences. Et de fait toute une imagerie s’est développée montrant Luther, marteau en main, planter des clous pour fixer une affiche sur une porte au grand étonnement des passants

De fait cet évènement n’est pas certain ; il n’en est fait mention pour la première fois que 40 ans plus tard, après la mort du Réformateur, par Melanchthon qui n’est arrivé à Wittenberg que cinq ans après les faits. Ce dont on est sûr par contre, c’est que ce jour-là Luther, alors moine dominicain et docteur ès Saintes Écritures à l’Université, a écrit deux lettres à ses supérieurs hiérarchiques, l’une à l’évêque du diocèse, l’autre à l’archevêque de Mayence Albert de Brandebourg, pour dénoncer, on dirait aujourd’hui , « l’arnaque » des indulgences : l’Église de Rome prétendait alors assurer le salut des fidèles moyennant finances et sans qu’un sincère repentir ne soit requis. Luther en effet était déjà convaincu par l’étude, en particulier de l’épitre aux Romains, que la grâce seule assurait le salut du pécheur. L’archevêque, attaché aux revenus procurés par le commerce des indulgences, loin de lancer le débat théologique et universitaire voulu par Luther, le dénonça à Rome comme hérétique. Le  10 décembre 1520 une bulle papale lui enjoignant de se rétracter parvint  à Luther qui il la brula aussitôt publiquement. Le 3 janvier 1521 il était excommunié.

Alors laquelle de ces trois dates marque effectivement la rupture de la Réformation ? C’est la première, le 31 octobre 1517, qui a prévalu.

Pourtant en 1517 Luther n’avait nulle intention de mettre en cause les fondements de l’Eglise catholique, simplement, par la publication de ses thèses contre les indulgences, d’engager un débat sur une pratique qui n’avait jamais fait l’objet d’une réflexion théologique. En tant que moine augustin, l’ascèse ne lui avait pas apporté la sérénité à laquelle il aspirait ; c’est dans l’étude de l’épitre aux Romains qu’il l’avait trouvée, en découvrant que le salut est offert aux hommes par pure grâce, non par leurs œuvres. C’est ce qu’il explique à ses supérieurs dans ses missives du 31 octobre 1517, missives qu’il signe pour la première fois non par son patronyme Luder, mais en le transformant en « Luther » en s’inspirant d’un mot grec signifiant « libre ». Dans sa propre pensée le tournant se situe donc bien en 1517. Le mépris de Rome, la protection de l’Electeur de Saxe soucieux des intérêts allemands et… l’imprimerie qui a aussitôt diffusé les idées de Luther ont fait le reste.

 

Première représentation imagée de l’affichage des thèses :
médaille frappée à l’occasion du second Jubilé de la Réformation en 1717